Danser Sur De l'Architecture

Avr 18

Psalm Beach - EP (2012)

Annulation. 

Le samedi soir, sur le balcon. Musique répétitive. Je te tiens la main mais tu regardes ailleurs. Tu regardes les voitures. Les phares. Les petites lumières qui avancent. Tu t’en fous complètement. Perdue dans ta tête. C’est beau, t’as même plus envie de faire semblant. Tu t’emmerdes, tu m’emmerdes, tu fais exprès, et tu n’y prends même pas de plaisir. Tu te dis que tu aurais pu être ailleurs, avec quelqu’un d’autre, en train de boire des vodka caramel, la boisson la plus délicieuse et la plus cool du XXIe siècle. 

Tout le monde est triste, c’est un fait. Certains arrivent à l’oublier. Certains parviennent à devenir techniquement non-tristes, le temps d’une soirée. Au début en tout cas. Et puis, les heures passant, l’enthousiasme redescend comme un soufflé. On fait la queue pour aller aux toilettes, mal au ventre, muscles endoloris, peau moite, paupières lourdes. On aimerait avoir du silence, tout en se disant qu’à ce moment là tout silence ne pourra être que définitif. C’est horrible, lorsqu’on prend la décision de rentrer dormir. La fin. 

Alors on sort et il y a la rue silencieuse et vide. Au mieux. Au pire, il y a la rue pleine de mecs bourrés qui ne comprennent rien à ce qui leur arrive, et de gens tristes et résignés qui savent trop bien ce qui les attend. Le retour à la vie normale, la copine ou le copain qui râle parce qu’il est tard, parce qu’on sent le tabac mélangé à la transpiration. Oui poulette, désolé, la nuit est chaude, elle est sauvage. 

Heureusement tout ne se passe pas comme dans les livres. Ou alors, heureusement que parfois la vie ressemble à un livre. Il y a le hasard, la conversation trop belle qui n’avait absolument aucune chance d’exister. Des situations qui naissent comme le big bang, à partir de rien, tellement incongrues, inespérées et bienvenues, qu’il est dur dans ces moments là de ne pas croire en Dieu. Assis sur le trottoir, une dernière clope, confessions intimes, vis ma vie de jeune actif tentant désespérément de s’accrocher à ses années de fac. Je hais les étudiants je crois. Je leur en veux. 

Bref. Tu regardes les voitures, la brise te hérisse les poils. Tu crois que je vais te donner ma veste? Tas qu’à demander, tu ne le feras pas. Je m’en fous. J’en ai plus rien à foutre. Tu pourrais sauter du balcon, ok j’appellerais les secours, mais ma voix resterait neutre. Je sais pas. Je m’en fous. Une clope, un verre, qu’est-ce qui nous est arrivés, on s’en fout. C’est juste triste, et agréable. Je pense à toutes ces choses que je vais pouvoir faire. Écrire, faire des chansons, me comporter de manière excentrique. Pleurer aussi. Ça fait du bien. Pleurer et casser les vitres des voitures avec le pied. C’est pas évident, c’est pas comme dans les films. Il faut être sûr de son coup, s’assurer que personne ne regarde, on sait jamais. Ou alors grimper sur le toit de la première mini cooper venue, et sauter de tout son poids, encore et encore, puis bondir jusqu’à la voiture suivante, et faire de même, jusqu’au bout de la rue. Les voitures sont utiles mais elles ne méritent pas qu’on les aime. Je rêve secrètement de détruire une bagnole avec mes mains et mes pieds, comme dans Street Fighter. Une grosse Mercedes réduite en bouillie. Mes films préférés sont Crash! et Tetsuo. 

C’est marrant ce que deux cordes de guitares peuvent provoquer en nous. Celui qui n’a jamais pleuré en écoutant un disque ne peut pas comprendre. Et attention, je veux pas parler de ces moments où, déjà au bout du rouleau, la musique devient la petite pichenette dont tu avais besoin pour fondre en larmes. Non. Je parle de ces moments où tu pleures comme un bébé sans raison autre que ce qui sort des enceintes. C’est pas donné à tout le monde. Tu peux nager dans la musique et d’un coup elle s’infiltre à l’intérieur de toi et t’empoisonne le système nerveux et fait couler de l’eau par tes yeux. C’est bon, je sais. C’est pour ça qu’il y a des gens qui portent des t shirts de My Bloody Valentine. 

Donc on en est là. Vie de merde, fête désespérée, rapports humains distants, mais avec des fulgurances. Iggy Pop à la télé. L’alcool, les drogues. L’amour pour envelopper le tout. L’Histoire est morte, c’est clair. Plus rien n’existe, plus rien n’est vrai. C’est le monde horrible où tout est à la fois vrai et faux en permanence, comme si on était tous comme ce chat de Schrödinger. Cela rend d’autant plus magiques les moments où la vérité éclate enfin. Par exemple où quand tu es en face de moi, et je te regarde, et j’ai juste envie de te serrer dans mes bras, de te rouler une pelle en te caressant les fesses. 

Avr 10

The Knife - Shaking The Habitual (Rabid Records, 2013)

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Un truc à écouter ICI

Salut j’ai peur de rien vous savez et par exemple ce soir je vais écouter ce fameux nouvel album de The Knife qui dure 50 ans avec notamment une chanson de 19 minutes. 

La première chanson s’appelle A Tooth for an Eye, ce qui rappelle vaguement l’ancien testament n’est-ce pas, et en plus la musique sonne carrément antique avec ces instruments bizarres. Il y a tout un tas de percutions dont certaines jouent des notes, des synthés assez minimalistes, la chanteuse qui fait des trucs, elle dit des mots de manière rythmée et musicale. Tout ça sonne bien frais, très ancien et très futuriste en même temps et en plus il y a quelque chose dans le chant, dans la mélodie, qui soulève un peu les corps j’irais pas jusqu’à dire que c’est épique on n’est pas chez Depeche Mode mais il y a quelque chose comme ça quand même. 

Ouch la chanson suivante qui s’appelle Full Of Fire sonne beaucoup moins antique. C’est une boite à rythme ringarde faite de sinusoïdes et de bruit blanc filtré avec des petits trucs qui s’ajoutent petit à petit ambiance plus dark voix chuchotée à moitié et haha haha it’s my opinion un peu de basse on est dans un jeu vidéo des sons ringards des années 90 un peu de vulgarité mais pas trop ça donne trop envie de danser. Les mots sont prononcés très clairement mais on peut pas être concentré sur tous les détails en même temps donc je vois pas trop où elle veut en venir elle raconte une sorte d’histoire. Voix déformée toujours des sons ringards. Ok c’est de la musique carrément bizarre. Très peu de basse, beaucoup d’air, beaucoup d’évolution on ne s’ennuie pas. Il y a une sorte de chihuahua qui fait hua hua hua hua. Ou un cousin de Flat Eric qui imite des bruits de scraths avec sa bouche. La tension monte et je commence à me dire que malgré tout malgré la boite à rythme ringarde la violence et tout on reste dans l’antiquité. Eh ouai vous savez quoi ce disque c’est un peu comme la techno de l’Atlantide. Pourquoi pas d’ailleurs. Je me demande qui écouterait ce genre de musique pour son plaisir ailleurs qu’au bootleg ou au café pompier avec 100 à 150 mg de mdma dans les neurones. En plus c’est vachement long ce morceau fait plus de 9 minutes et la suivante c’est pareil non mais c’est dingue. Ils ont dû pas mal fumer. 

Ouf on souffle un peu après avec des boucles de voix passées à l’envers eu peu étouffées saturées aux extrémités. Des choses se passent, des portes qui s’ouvrent, des ectoplasmes qui lévittent en robe de chambre au dessus de la table et une grosse basse indescriptible. C’est vraiment bien ça. Chouetos. On n’est plus au café pompier là on est dans la maison de The Changeling et attention à ne pas se faire emporter trop loin l’atterrissage risque d’être difficile. Hop rideau changement de scène toujours le même morceau un truc à cordes qui se désaccorde toujours film d’horreur et grosse basse qui laboure les oreilles en les aspergeant de bave et Oh Mon Dieu ça chante c’est pas de la techno c’est Diamanda Galas ou en tout cas l’idée que je me fais de Diamanda Galas (pas tout à fait pareil). Ce morceau s’appelle A Cherry On Top. C’est incroyablement bizarre et pourtant ça coule tout seul ça fait pas mal du tout on a envie de savoir la suite on tend l’oreille et c’est bon voilà respect je suis hypnotisé je vais écouter ce truc jusqu’au bout. La musique de fantôme n’est pas finie chaque instant recèle des surprises et c’est complètement de la musique psychédélique. YEAH. 

La chanson suivante revient à ce truc antique avec percus marrantes, flutes, très peu de basses. C’est plutôt une chanteuse à la mode de l’Atlantide qu’on entend cette fois, la Rihana ou la Beyoncé de l’antiquité qui danse en toge et spartiates sur la place publique avec une bande d’esclaves pour jouer les instruments et plein de couronnes de lauriers dans les cheveux et toute la ville qui danse en sandales d’avant Jésus Christ et une sorte de sorcier qui donne de la drogue antique à tout le monde de la mandragore ou des champis et ils font la fête c’est urbain mais très rural en même temps c’est frais aérien on n’étouffe pas on ne se sent pas agressé c’est bizarre mais bizarre exotique ça inspire confiance. Il y a un autre disque qui a pour thème l’antiquité (mais c’est assumé pour celui là) et qui me fait un peu le même effet c’est celui de Sun Arraw qui est sorti pendant que j’écrivais mon mémoire il y a deux ans. Il était trop trop bien. 

Chanson suivante. Des tambours. Ambiance religieuse. Cérémonie à la gloire de la déesse Athéna avec des grâces qui dansent en cercle autour d’un feu de joie, en haut d’une estrade. La prêtresse tient dans ses bras un écureuil qui est promis à un très bel avenir puisqu’il va mourir pour calmer la colère des dieux et tout se passera bien et il restera dans l’histoire et les gens l’aimeront et des siècles plus tard cet écureuil sera devenu le fils de dieu qui a souffert sous ponce pilate a été crucifié est mort etc etc… Et pendant ce temps TOUT LE MONDE DANSE au ralenti. 

Houla ensuite on revient à l’ambiance film d’horreur mais c’est pas tellement film d’horreur en fait c’est plutôt péplum. Dans les péplums aussi il se passe des choses surnaturelles et un peu inquiétantes. Parfois. Il y a ces squelettes qui marchent et qui ont un bouclier et une épée et qui se battent contre Jason. Par exemple. Quelque part chez les barbares. 

Du silence ensuite. Un mince filet de son, une vibration toute maigre qui parvient tout juste à se faufiler dans une fente, qui sort de la montagne en laissant deviner tout un monde souterrain. Juste en dessous. Des chocs métalliques qui résonnent, transportés par le vent jusqu’à nos oreilles. Des roues musicales. Une légère brise, toujours. Du blanc, de la brume. Ah mais oui, le fameux morceau de 20 minutes. Oui bon en fait c’est pas de la dance music. C’est un truc atmosphérique un peu mystérieux, qui titille l’imagination avec ces sons bizarres impossibles à identifier mais qui ont l’air réels mais quand même un peu tripatouillés avec un ordinateur et parfois c’est dingue on entend un truc on se dit que c’est une vraie personne qui tape sur quelque chose et dix secondes plus tard on se rend compte que c’est un truc électronique, un oscillateur qui fait ce qu’on lui demande de faire c’est à dire générer un signal dont les propriétés sont modulées ouin ouin ouin à vitesse variable. Bref. On sent une sorte de présence malgré tout. Musique électronique mais très humaine même quand l’ambiance n’est pas à la fête. On progresse dans les conduits souterrains creusés par les mineurs de l’antiquité qui avaient eux aussi besoin de métaux précieux et de terres rares pour fabriquer des bijoux et des ordinateurs de l’antiquité. On se sent comme Indiana Jones quand on écoute ce disque. Je vous assure. Ou alors Emett Brown. Vous vous êtes jamais demandé pourquoi il n’a pas choisi direct d’aller voir les dinosaures? C’est ce que j’aurais fait. Ou donc des trucs de l’Antiquité. Si j’avais une machine à remonter le temps j’irais voir Rome au premier siècle avant Jésus Christ et aussi sûrement les dinosaures et la Commune de Paris. haha. Don’t ask. J’irais dire bonjour à Guy Debord aussi. Je trouverais rien d’intéressant à lui dire, j’aurais trop honte. Ce serait trop cool. Mais ne parlons pas de Guy Debord je trouve le battage médiatique autour de sa personne, ces derniers jours, un peu dégoutant. Il ne faut pas en rajouter. Revenons plutôt à nos conduits souterrains de l’antiquité. Figurez vous donc que le kick ne vient jamais, que dis-je, le RYTHME ne vient jamais. C’est bien. Vraiment, chapeau les Krisprolls. En plus, ça raconte une histoire, oui on sent qu’on se rapproche de quelque chose d’encore plus ancien là, dans ces tunnels. Un truc sphérique en métal inconnu de l’homme et qui semble coincé entre deux couches de sédiments depuis des millénaires. Et qui fait très mal à la tête lorsqu’on tente de s’en approcher, comme si un système de défense télépathique se mettait en route. Indiana Jones à fond. Le climax des Aventuriers de l’Arche Perdue, question musique. Et donc on saura pas ce qui se cache à l’intérieur, on saura même pas ce que c’est. Pas d’explosion, silence en pleine montée. Frustrant. A moins que…

La suite… Carrément tribal. C’est l’Afrique cette fois. C’est plus du tout de la musique de l’antiquité avec un balais dans le cul. Cette fois on est chez les sauvages qui ont le rythme dans la peau et peut-être que c’est un passage interdimentionnel qui se cachait dans la montagne, on était même pas sur terre mais sur une autre planète. C’est même pas des humains qu’on entend sur ce disque, oui ce sont des atlantes qui viennent d’une autre planète et sont arrivés là grâce à un passage qui les a conduits sur les plaines d’Afrique de l’ouest. Il y a un petit moment. Le choc des civilisations, d’un côté des êtres gracieux, froids et réfléchis, de l’autre des humains, primitifs, sensuels, et mon dieu des couples ont dû se former à ce moment là sinon je vois pas comment ça se fait que l’espèce humaine du XXIe siècle soit aussi complexe, bizarre et imprévisible. On descend autant des Atlantes que des singes ! Alors maintenant on va aller au Primavera pour fêter cette découverte en dansant sur un set HYPER TRIBAL de THE KNIFE on prendra plein de drogues (mais pas trop non plus) on sera fringués n’importe comment on n’aura strictement rien à branler de rien à part danser et éventuellement trouver d’autres drogues. Oui oui. Ce disque me fait penser à tout ça et là où il y de quoi devenir fou c’est qu’il reste encore 5 morceaux ! C’est diabolique. Pourquoi avoir fait un album aussi long. Bon c’est vrai quand on y pense, pourquoi se cantonner à 40 minutes, à une heure, à une heure dix? C’est complètement arbitraire. Pourquoi pas une heure trente ou plus, comme un film? Mais non parce qu’on n’écoute pas la musique comme on regarde un film, me diraient les gens qui n’ont rien compris. Et oui, me diraient-ils, on fait d’autres trucs en écoutant de la musique. Mais alors dans ce cas, pourquoi se limiter à une heure? Si c’est pour faire autre chose en même temps, pourquoi ne pas sortir des disques qui s’étalent sur deux, trois, quatre heures, le temps de faire le ménage ou de baiser plusieurs fois? Hein? Tellement de choses pourraient être dites. Mais non, on s’accroche à nos petits standards, quarante minutes, quatre vingt minutes… Et moi le premier, j’ai tendance à préférer les formats courts. Pet Sounds dure moins de quarante minutes non? C’est bien la preuve qu’on peut faire rentrer dans un 33 tours la totalité de l’univers connu. 

Ah bon ensuite il y a un morceau de Techno. OKÉ pourquoi pas. Mais quand même sacrément zarbi. TR 808 et synthés malades, chanteuse dance des 90’s qui a l’air de fondre comme un gremlin. Stay Out Of Here. C’est de la house Fukushima. Ne venez pas ici c’est radioactif ! Regardez on est malades difformes on peut même plus jouer de la musique normale nos synthés déconnent la seule chose qui marche encore à peu près bien c’est cette boite à rythme japonaise mais ça c’est normal. N’est-ce pas la chanteuse de 2 Unlimited? Si c’est pas un groupe de mutants ça aussi. Etonnant quand même ce disque qui mélange techno zarbi, musique tribale zarbi, ambient zarbi, non finalement il y a un fil directeur, c’est un disque d’une inquiétante étrangeté, c’est tellement exotique, que forcément, ça fait un peu peur. C’est un disque pour Indiana Jones, pour aventurier, pour ceux qui savent que c’est dans les régions les plus reculées, inhospitalières, qu’on trouve les plus beaux trésors. Il faut certes décoller le nez de son Ipad et se lever de son canapé. Pas facile hein. Surtout que le soir il y a toujours des choses bien à la télé, maintenant qu’ils ont inventé la télé de rattrapage. 

Fracking Fluid Injection, l’avant dernier morceau. Est-ce qu’on dit “Frack” ailleurs que dans Battlestar Galactica? Une série empreinte de mythologie antique d’ailleurs. Et même dans son esthétique, il y a un truc. Oui je pose la question, parce que je ne le sais pas. C’est un mot qui est employé dans la vie de tous les jours? ?? ??? ???? La musique en question ne ressemble franchement à rien. Et c’est sublime. Pulsation lente, frottements, échos et râles de prêtresse crêtoise. Frottements qui pourraient éventuellement donner des frissons. Pourquoi, comment? Il s’agit d’un passage aussi énigmatique que la fin de 2001 l’Odyssée de l’espace. J’en reviens pas que The Knife ait enregistré un disque comme ça. Ça me rend assez heureux. Non mais écoutez ces dophins mécaniques qui tentent de communiquer avec nos ancêtres les atlantes sur la plage de Mikonos. C’est quand même fou non? Comment un groupe aussi réputé et aimé dans le monde entier a pu décider un matin d’enregistrer ce genre de choses? De quoi retrouver foi en l’humanité vraiment. Ou alors certains diront qu’ils ont pété un cable comme Lou Reed à l’époque de Metal Machine Music. Ma mère par exemple pourrait dire ça. 

Et donc la dernière chanson, Ready To Lose. Bonne grosse basse, percutions mélodiques, shaker, claps, chaque chose à sa place, une place pour chaque chose.  Chant, paroles. Voix un peu pataude. Peur de souffrir, peur perdre… quelque chose. Tout ça. Bon arrivé à ce stade, j’ai pas grand chose à rajouter. Grand disque? C’est pas à moi de vous le dire. A chacun de se faire son avis. Bon courage. A plus. 

Avr 04

Mixtape #4

J’avais envie de field recordings, de nature, d’animaux, de pluie, d’orages… Je trouve ça très agréable à écouter. Un peu de synthé quand même… mais pas trop de notes. 

La tracklist :

01 - Douglas Quin - At The Sea Ice Edge (Miramar, 1998)
02 - Hans Koch, Gaudenz Badrutt - Social Insects XII (Flexion Records, 2012)
03 - Murmer - What are the roots that clutch part 4 (Helen Scarsdale Agency, 2012)
04 - Chris Watson - River Mara At Night (Touch, 1996)
05 - Chris Watson - Ol-Olool-O (Touch, 2003)
06 - Angel - Hornet (Editions Mego, 2008)
07 - Thomas Köner - Novaya Zemlya 1 (Touch, 2012)
08 - Jacob Kirkegaard - Ala (Touch, 2005)
09 - Francisco López ‎– La Selva F (V2_Archief, 1998)
10 - Douglas Quin - Canada Glacier (Miramar, 1998)
11 - Kim Wilson - Low Tide (LaserLight Digital, 1993)
12 - Dr. Roger S. Payne - Solo Whale (Capitol Records, 1970)
13 - Guenter Schlienz - Appendix: Example for Meditative Music Using Modular Synth and Silence (Gift Tapes, 2012)
14 - Rick Reed - In A Hazy Field of Gray and Green (Elevator Bath, 2011)
15 - Ian Hawgood - The Truant Heart (Koen Music, 2012)
16 - Hair Police - Dilate and Inhabit (Type, 2013)
17 - Murmer - What Are The Roots That Clutch Part 3 (Helen Scarsdale Agency, 2012)
18 - Kim Wilson - Jamboree (LaserLight Digital, 1993)
19 - Robert Hampson - Suspended Cadences (Three) (Editions Mego, 2012)

Mar 27

Nails - Abandon All Life (Southern Lord, 2013)

Hahaha un peu de musique pour se battre dans la boue ça faisait longtemps que j’avais pas parlé de métal sur ce blog. Non pas que qui que ce soit ait réellement besoin de ce tumblr pour écouter des nouveaux trucs mais oh merde 

Bon. Comment expliquer. Ces musiciens sont un peu énervés. Je les comprends parce que ça m’arrive d’être énervé aussi des fois, et vous aussi. Par exemple, quand ma mère me dit de me couper la barbe ou de m’acheter des converse parce que les miennes sont complètement déchiquetées. Ou sinon quand je passe devant un groupe d’étudiants en droit qui ont l’air d’être plutôt contents de leur vie, de leurs études, et qui ont l’air de s’intéresser au droit administratif et qui parlent de charlotte qui couche avec tous les mecs de la promo. Ou alors quand quelqu’un se met juste devant moi quand je vais voir un concert, et qu’il est plus grand que moi et que du coup j’y vois rien et qu’en plus ce connard (ou cette connasse) RECULE petit à petit tout au long de la soirée. Ou alors quand des gens dans la rue se mettent à siffler tous ensemble à 4 heures du mat, étant donné que je dors sous la fenêtre et que j’aime pas trop les gens qui sifflent. Ou alors quand je m’engueule avec quelqu’un qui est de mauvaise foi.

Bref il y a des milliards de bonnes raisons de s’énerver et donc des milliards de bonnes raisons de faire ce genre de musique qui dit juste : hé connard j’ai envie de t’arracher la jugulaire avec les dents et de te faire un deuxième trou de balle avec mon beau tournevis tout neuf. Dans le genre, ce disque de Nails est tout à fait honnête, le son des guitares est coolos, plutôt métallique mais pas trop froid non plus, gras comme il faut, bonne basse, batterie un peu trop impersonnelle mais ça passe. Le chanteur ça va il gueule comme il faut, il a une voix plutôt haut perchée en fait c’est encore ce genre de mélange métal hardcore mais en vraiment métal quand même et moins chaotique que les groupes auxquels vous pouvez penser style converge ken mode et compagnie. C’est du basique. Et ça va très vite, il y a dix morceaux en moins de 20 minutes, beaucoup font moins d’une minute. Il y a des méga blast beats à fond la caisse et des trucs plus lents. 

Ouai après il y a pas grand chose à rajouter, il n’y a pas lieu de réfléchir outre mesure d’ailleurs, juste besoin d’un peu de cerveau pour mettre le disque sur la platine et c’est tout, après on débranche, on met les pieds sur la table basse et on boit sa bière en regardant question pour un champion avec le son à zéro, ou alors on bouge en faisant semblant d’avoir une mitraillette dans les mains et on tire sur tout ce qui bouge dans la rue toutoutoutoutouotutoutoutoutoutouotuotu ou alors on pogote en faisant attention de rien renverser quand même ou on casse des trucs on s’en fout ou on fait la vaisselle il y a des tonnes de choses à faire en écoutant ce disque. C’est pour ça que je pense qu’il peut avoir du succès. 

C’est quand même bien la musique violente. Ah tiens le dernier morceau s’appelle Suum Quique c’est la guerre totale il est plus long que les autres il y a un solo un peu technique et une cassure tempo ralenti super doom guitare hyper grave = c’est hyper funèbre c’est le moment de headbanger hop petit break et piste de guitare doublée ou triplée y’a pas à dire c’est assez bien enregistré (et par Kurt Ballou, ce qui explique le son de batterie un peu nul) et oh petites alternances lent rapide lent rapide lent rapide lent rapide hyper sympa quand on entend ça on se dit qu’ils aiment peut être fumer des joints. Je ramène pas toujours tout à la drogue mais là quand même. Ce morceau est un peu plus recherché. Il finit dans le feedback des guitares la batterie de plus en plus noyée dans le son et paf fini. J’aurais aimé que ça dure un peu plus longtemps mais comme je dis souvent quand le disque est trop court remets-le au début et il sera deux fois plus long. 

Bon sur ce conseil ultra avisé je vous dis bonne nuit à plus. 

Mar 26

Hair Police - Mercurial Rites (Type, 2013)

Atmosphère de château hanté de la place des Quinconces, une cloche qui se ballade, un souffle gris morbide et des guitares qui chantent un air sinistre, c’est la musique idéale pour une soirée pizzas entre amis. Le mieux c’est ce qui arrive ensuite, batterie bang, noise trémolo punk, les premiers Black Dice version black metal, noise méchant avec des cris saturés, et du feedback qui n’existe que pour te faire mal aux oreilles. Non c’est pas vrai c’est aussi très beau mais très noir. Putain c’est lugubre. Les paroles sont presque compréhensibles, enfin les rares mots qui émergent de ce magma rauque / aigu plus animal qu’humain. Tout ça me rappelle assez les disques de Wolf Eyes chez Sub Pop. Vous vous rappelez, Human Animal, Burned Mind, de la bonne musique. C’était vraiment bien oui. Ce premier morceau s’appelait We Prepare. Bonne entrée en matière. 

Le morceau suivant est plus mécanique, avec un gros coup régulier, un piston d’usine, un compresseur de robots obsolètes, suivant BOUM suivant BOUM suivant BOUM et les pauvres petits robots qui pleurent et qui gémissent non pas moi je suis peut être un robot mais j’ai quand même une conscience nooooonnnn. C’est triste. J’aime bien ces petits crissements stéréo qui oscillent rapidement de gauche à droite. Ils parlent et ils disent “non” pour certains, “hihihihi” pour d’autres. On est dans le char géant des Jawas sur Tatooine. Je ne vois pas d’autre explication. C’est assez plaisant à écouter en tout cas, on se fait vite emporter par ces gros coups de maillet galactiques et on adopte vite ces petits animaux électriques qui font bzzzbzbzbzbz on les comprend aisément. La distorsion n’est pas un problème. C’est peut-être un peu bizarre, mais bizarre mignon. 

Ensuite il y a des petits bruits mouillés, un énorme buzz et oh, une vraie guitare qui sonne comme une guitare ! !!  ! Elle gambade au milieu de tous ces sons bizares il y a notamment une note de synthé plus ou moins bourdonnante. qui dérappe un peu, change de tonalité, puis déconne totalement, genre mec bourré qui rentre du PMU en soucoupe volante avec deux grammes dans le sang. Ce morceau est très atmosphérique, beaucoup moins frontal que les précédents et que ce que je connaissais de Hair Police. C’est pas du tout punk cette musique.

The Scent, ensuite. Grosse basse dentelée qui ondule, sifflement perce oreilles, voix d’outre tombe black metal, ça monte ça monte, un moteur de petit ULM qui fait bzzzzzz, ou un insecte mécanique, c’est assez absurde, la superposition des sons est assez absurde, certains trucs tombent comme ça paf, comme un cheveux sur la soupe, mais bon, on sent la montée quand même, oh merde c’est hyper fun comme musique, et surtout quand ça commence à se barrer en couille, gros travail sur les vocaux, qui sont très typés noise, genre Black Dice ou Fuck Buttons, vous voyez, micro Playschool, onomatopées, et tout. Ce morceau a un côté rituel satanique pour les soirs d’orage électrique, dans une tour de pierre noire isolée dans la campagne, oui oui, CRRRZRZZZZZZZZ IT’S ALIVE, IT’S ALIVE. Oui mais quoi? 

Dilate And Inhabit. Cette fois il y a des bruits blancs de machine à vapeur et d’autres bruits qui rappellent la course du train sur les rails. Fun fun fun. Un morceau assez calme finalement, on voit pas très bien.  Bon il y a un truc à dire quand même, et qui est assez cool, c’est que les morceaux sont très courts. Ce qui fait 1) qu’on n’a pas le temps de s’emmerder 2) qu’on a plus d’ambiances bizarres sur un seul disque et 3) que le disque reste malgré tout assez court. Parfois, il n’y a pas besoin de s’étendre sur une heure voire plus. Ce disque fait à peine plus d’une demi heure et c’est très bien comme ça. Et oui, il donne l’impression qu’on s’est pas foutu de notre gueule. C’est du bon boulot. 

Bon voila fini avec les bons sentiments retour aux choses sérieuses le morceau suivant est constitué de fils qui parfois s’emmêment mais qui la plupart du temps sont tendus et se déroulent se déroulent se déroulent encore s’entrechoquent parfois comme les lignes d’une route qui tourne et ça donne un peu le mal des transports mais c’est bien. 

Le morceau suivant c’est des trucs percutés pincés des cordes des trucs en métal des trucs en bois (?) c’est très marrant on dirait qu’ils sont dans la pièce. Par dessus un mec dit des trucs d’une voix neutre mais qu’est ce qu’il me raconte je comprends pas il voudrait faire un truc non il voudrait que je fasse un truc. Il y a des manipulations de bandes, ça rembobine en accéléré, ça repart, c’est de plus en plus n’importe quoi on dirait un dessin animé psychédélique en noir et blanc. Un petit wagonnet de mine qui avance lentement et sur les murs il y a tout un tas de motifs psychédéliques qui apparaissent et se transforment en permanence. Ouf, c’est fini et le dernier truc qu’on entend c’est une corde de guitare grattée dans le sens de la longueur.

On finit par le morceau éponyme, notez bien la connotation mythologique / religieuse du titre. Guitare hyper glauque, son clair un max de réverb boueuse. Quelques coups de cymbale et une voix saturée doublée d’un synthé, les deux s’enroulant d’une manière hyper bizarre comme deux brins d’adn. Quelques coups de toms parfois, la voix qui s’énerve. Les morceaux de cet album sont tous assez progressifs et ils ont tous tendance à s’énerver petit à petit. Je crois. Et puis ils finissent tous par se calmer.

Bon c’est fini. C’était bien. 8 petites vignettes de noise de la Hammer, en gros. Joué avec une majorité de vrais instruments, c’est cool. Ce qui me fait penser qu’un autre groupe de noise sort son album bientôt, et j’en parlerai sûrement ici, il s’agit de Sightings. 

Voila c’est tout bisous à plus. 

Fév 24

Mixtape #3

Cette fois j’ai voulu faire un truc un peu dépaysant. Vous trouverez des gamelan, des chants de moines gyuto, du koto, de la pop thaï et aussi plein de trucs occidentaux assez planants. 

Tracklist : 

01 Spectrometers - Off Final (SDZ Records, 2012

02 The Gyuto Monks - Guhyasamaja Tantra, Chapter 2 (Windham Hill Records, 1987)
03 Kevin Drumm - Dimming The Gas Lights (Hospital Productions, 2013)
04 Os Mutantes - O Relógio (Polydor, 1968)
05 Jake Blanchard - Wandering Djinn (Feathered Coyote Records, 2012)
06 Sunny Dunes - Sporstudio Fitmix (2012)
07 White Noise - The Visitations (Island Records, 1969)
08 Langan Praja - Dhenggung Turulare (Seven Seas, 1994)
09 Robert Henke - Teboi (Imbalance Recordings, 1997)
10 Kohachiro Miyata - Honshirabe (Nonesuch Explorer Series, 1977)
11 Soloists of the Ensemble Nipponia - Azuma Jishi (Azuma Lion Dance) (Nonesuch Explorer Series, 1976)
12 Vidna Obmana & PBK - Neo-Noir (Relic, 1994)
13 Experimental Audio Research - As The Night Starts Closing In (Space Age Recordings, 1996)
14 Sun City Girls - It’s Underneath The House (Placebo Records, 1987)
15 Monks Of The Dip Tse Chok Ling Monastery, Dharamsala - The Offering For General Protectors (Sarkam) (Fortuna Records, 1990)
16 Henrik Nordvargr Björkk - Algenon (Old Europa Cafe, 2005)
17 Ø - Koituva (Sähkö Recordings, 2008)
18 Mar Mar Aye - ??? (???, ???)
19 Gamelan Segar Pegulingan - Barong (Nonesuch, 1972)
20 Nurse With Wound - V (Idle Hole Records, 1988)
21 Leveret - Frankincence (Feathered Coyote Records, 2012)
22 PRLN - Sources (LOM, 2012)
23 Hongthong Daoudon - ไปไม่สั่ง (Chang Erawan, 197?)
24 Sir Richard Bishop & W. David Oliphant - Nirmanakaya (Chodpa Media, 2012)
25 Stephen O’Malley & Z’EV - 13m 48s From 34s From 5m - 5m 34s - 20 Track Submix (Southern Lord, 2007)
26 Edward Ka-Spel - Ghost In The Garden (Beta Lactam Ring Records, 2011)
27 Bee Mask - Moon Shadow Move (Spectrum Spools, 2012)
28 Sun City Girls - Holy Ground (Abduction, 2010)

Jan 29

Pissed Jeans - Honeys (Sub Pop, 2013)

Ouai bon j’avoue je me suis pas tenu à mon rythme imposé de deux billets par semaine. J’ai trop bu et j’ai eu une méga gueule de bois le week end dernier et le week end d’avant mais j’ai une excuse, c’était pour fêter mon anniversaire et d’autres trucs. Et maintenant j’ai un travail donc parfois, je dis bien parfois, j’ai juste envie de me mettre au lit et de regarder Castle ou un film à la con. Ce soir il y a King Kong, franchement c’est pas un navet comme beaucoup l’affirment pour se donner un peu de crédibilité mais c’est pas non plus hyper bien. Un gros truc un peu moche et indigeste, mais il y a quand même des scènes super, et un vrai savoir faire dans la réalisation. C’est un film de génie du cinéma qui aurait été tout le temps bourré pendant le tournage. Ce qui est paradoxal puisqu’apparemment c’est tout l’inverse qui s’est produit. 

Non mais on s’égare là je voulais vous entretenir du nouvel album de ce groupe que je connaissais pas il y a 24 heures et qui s’appelle Pissed Jeans. Le disque s’appelle Honeys, il a une pochette marrante / arty, il y a 12 chansons pour 35 minutes, c’est punk, c’est rock’n’roll, c’est sale et mal élevé, bref voilà. 

Ça démarre avec une mini intro ligne de basse crados une note toutoutoutoutout roulements de batterie larsen et Bam un rythme hyper primitif des paroles scandées sans aucun souci de bienséance imaginez une version hardcore de Frustration ou pire un truc vraiment froid et nazi mais qui dégouline par moment, ce qui n’est pas étonnant car les nazi comme tout le monde sait avaient une certaine propension à dégouliner et à s’adjoindre les services de monstres mutants dégoulinants, comme dans Return to the Castle Of Wolfenstein. Donc voilà c’est une chanson de défilé de mutants nazi avec des tentacules et des brassards rouges. Hop

La deuxième chanson s’appelle Chain Worker elle est très différente il y a pas de batterie juste une énorme ligne de basse saturée assez lente et un mec qui crie. C’est un peu plus complexe que ça, il y a quelques effets sonores, des bruits, un écho sur la voix qui vient et s’en va… Un peu de batterie pour marquer la cassure et la guitare débarque pour jouer exactement la même chose que la basse. On est vraiment pas loin des pitreries de Sunn O))) et compagnie, mais en version punk avec un mec qui chante. Je pense surtout à Teeth Of Lions Rule The Divine évidemment, qui est le projet punk de SOMA ou un truc comme ça. On peut faire la connexion avec Killdozer et divers trucs albinesques aussi. Vous voyez le genre. De la lourdeur froide et rouillée imbibée de whisky et de tabac froid.

Heureusement cet interlude presque métallique n’est qu’un interlude et c’est reparti pour le punk rock joué à fond la caisse. C’est assez gras comme musique, les guitares sont fuzzy et ça fait un peu camionneur comme musique mais bon ça reste punk. Ce morceau présente une particularité, il contient une partie de guitare style staccato on dirait du black metal. Ces gaziers écoutent aussi du black metal pour moi ça ne fait aucun doute. Je sais pas vous mais moi je me sens proche d’eux. Il y aurait plein de choses à dire mais ça va tellement vite, nous voilà déjà au quatrième morceau, c’est que des riffs efficaces qui s’imbriquent parfaitement, une production de premier choix et une énergie communicative. 

La chanson suivante s’appelle You’re Different (in person). Intro pas mal avec un riff de guitare un peu mystérieux, léger et à peine saturé et plus à gauche cette grosse ligne de basse vraiment baveuse pleine de saturation un gros son de grosses basses vraiment bien quoi et donc c’est un morceau un peu plus calme même si attention ça reste bien sautillant avec cette batterie un peu années 30 on se croirait dans le film The Mask. Tout ça pour dire que cet album est assez varié, c’est bien de connaitre plusieurs manières de faire de la musique violente. 

La chanson suivante est la plus “chanson” du disque pour l’instant, on dirait de la musique du passé tellement elle fait “chanson”, ce qui n’est plus trop à la mode aujourd’hui. Ça raconte un truc sur la bouffe de la cafeteria mais je sais pas quoi go ahead you can use the microwave qu’ils disent. Morceau midtempo qui fait secouer la tête, rythme binaire un deux un deux un deux un deux voix de croquemort l’électricité qui bave comme une bonne omelette et un petit côté comique irrespectueux à la Frank Zappa / Steve Albini. C’est bien

Ensuite il y a une sorte d’interlude lofi consistant en une piste de guitare agressive avec plein de larsen. Ça s’appelle Something About MRS Johnson. Il doit y avoir une explication. On comprend mieux quand on entend le début de la chanson suivante qui est dans la continuité parfaite de cette blague punk ça s’appelle Male Gaze et bon que dire à part que c’est tout ce qu’on attend d’un disque de rock en 2013? C’est sale, violent, bien enregistré, carré, efficace, le sourire malfaisant de Bart Simpson, ça évoque les années 90 de Nirvana ou Jesus Lizard… Merde, on a besoin de rien d’autre, je vois pas de meilleure musique à écouter en soirée, ou dans le tram, ou au réveil, ou en faisant un footing. 

La chanson suivante est plus légère, un bon vieux rock débile avec une mélodie quand même un peu tordue, des couplets sautillants et des refrains pour pogoter à moins que ce ne soit l’inverse. Ce morceau est un peu difficile à comprendre il y a pas vraiment d’alternance couplet refrain chaque partie est le refrain de la partie précédente. À part ça c’est assez classique il y a même un solo. Bref c’est hyper con en apparence, en réalité c’est compliqué mais ça sert à quoi je sais pas. C’est un peu le reproche qu’on pourrait leur faire, pourquoi vous vous emmerdez à faire des trucs aussi tordus parfois alors que ça serait 500000 fois plus efficace si vous restiez simple? Hé inspirez vous des évangiles de Steve Jobs ce gars avait tout compris, quel dommage qu’il ait été aussi con. 

Je sais pas si je l’ai déjà dit mais il y a un groupe qui revient souvent dans ma tête depuis tout à l’heure c’est les queens of the stone age. Mais vous savez, leur versant punk, leur versant barbu et punk tatoué, leur versant Nick Oliveri. Même dans les mélodies on retrouve pas mal de similitude, dans la manière de chanter de ce gars dont je ne connais pas le nom aussi. C’est un compliment que je leur fais, attention, même si honnêtement j’ai arrêté il y a longtemps d’écouter les nouveaux trucs de Josh Homme, qui reste un de mes héros, mais un héros du passé. Oui bon le morceau qui vient de se terminer là s’appelait Loubs et les dernières minutes étaient carrément hypnotiques.

Ensuite il y a une chanson de Nirvana merde mais oui c’est Nirvana X Black Flag AU MOINS. On imagine bien le chanteur se lacérer le torse sur scène ou se frapper le crâne avec le micro jusqu’à se faire saigner, puis donner des grands coups de doc martens dans la gueule des mecs au premier rang puis faire caca sur scène en pensant très fort à Naomi Watts. La chanson s’appelait Health Plan.

Et la dernière c’est Teenage Adult. Encore un mélange intéressant de rock lourd et de noise albinesque des 90, avec une attitude punk. J’aurais bien aimé disposer des paroles. Je sais pas si elles sont très connes ou très intelligentes. Qui suis-je de toute façon pour décider ce qui est très con et très intelligent, ce que ça peut être prétentieux un critique. Je suis pas un critique je suis un mec de base qui écrit pour ses égaux, je veux pas qu’il y ait de hiérarchie entre nous et je ne veux pas vous imposer mon point de vue, pour moi la seule valeur digne d’intérêt c’est le plaisir, si ça vous procure du plaisir c’est que c’est bon allez y même si c’est Gangnam Style, moi je vais vous avouer un truc j’adore LMFAO, I’m Sexy & I know it, Party Rock Anthem, tout ça, c’est juste parfait. Bon. J’exagère un petit peu sur un point, il y a d’autres choses dans la vie que le plaisir, mais ce qui est vrai, c’est que si tu prend ton pied à l’écoute d’une chanson, elle ne peut pas être vraiment mauvaise. 

Bon voilà. Ecoutez ça, ça vaut le coup. Bises à plus. 

Jan 21

Nurse With Wound & Blind Cave Salamander - Cabbalism (United Dirter, 2012)

Un point technique qui intéressera surement quelques geeks :

Bon cette fois on arrête de rigoler c’est le disque de Nurse With Wound avec Blind Cave Salamander. L’idée c’était de jouer “Soliloquy For Lilith”, un des grands classiques de Stapleton enregistré avec sa femme en 1988, un disque de drone basé sur des boucles de feedback de pédales d’effet. Franchement je vois pas trop le rapport avec ce qui sort de mes enceintes en ce moment. C’est un drone certes mais un peu plus étoffé que le matériau d’origine donc bon oublions que c’est une reprise d’un vieux truc. 

Dès le départ on a ce bourdonnement dans les hauts médiums, un truc synthétique avec un filtre qui oscille leeeeetement, et autour il y a des instruments acoustiques/électriques, genre alto, guitare, ça frotte, ça buzze, un mélange impur de Godspeed et de Sunn O))), ambiance de mort, ambiance cimetière, ambiance squelette. L’alto ou le violon ou je sais pas quoi s’excite un peu et crache des harmoniques carrément psychédéliques, multicolores, la guitare alourdit l’ensemble parfois, puis se tait, des sifflements aigus retentissent et se taisent à leur tour, puis voilà une énorme basse mastoc qui fait trembler les murs, une fois de plus on pense à Sunn O))), d’ailleurs sur les albums blancs il y a des choses qui se rapprochent assez de ce disque si mes souvenirs sont bons. L’autre jour j’écoutais en accéléré la disco de Sunn O))), pour me rappeler lesquels j’avais bien aimé. A l’époque j’avais moyennement apprécié ces albums blancs, mais finalement je crois qu’ils sont assez intéressants, plus que le Black One qui m’ennuie à chaque fois que je le mets sur ma platine. Bref. Sunn O))). Un sacré groupe quand même. Mais n’oublions pas que ce billet traite d’un album de NWW avec Blind Cave Salamander. 

Musique très statique mais comme souvent avec la musique statique, il y a une progression cachée, très discrète, qu’on a du mal à discerner comme la course du soleil dans le ciel, c’est dur à voir à l’oeil nu mais n’empêche qu’il avance le petit, et assez vite en plus, suivant le référentiel que l’on choisit. On les entend ces feedback démoniaques, simplement ils ne sont pas seuls, il y a ce violoncelle (oui c’est un violoncelle je pense) et quelques notes rebelles qui refusent de se conformer au mouvement général. Je sais pas si vous savez mais Steven O’Malley, de Sunn, a dit en interview, à l’occasion de la sortie de cet album, qu’il aimait particulièrement les Soliloquy For Lilith, dans la discographie de Nurse With Wound. Hein. T’as vu. 

On est toujours dans un cimetière maréquageux, un cimetière sur Dagobah, c’est très glauque et j’aimerais pas trop y faire du camping. Par contre la musique est agréable, que ceux qui aiment la musique glauque lèvent les bras ouaiii. C’est encore plus agréable lorsque ce tremblement dans les basses démarre comme un séisme au loin, dommage qu’il s’estompe si vite. Des sifflement de grenouille, des ovnis dans le ciel, des bulles laissant échapper des effluves nauséabondes, un train fantôme qui passe non loin, des oiseaux nocturnes qui tournent au dessus, il y a tout ce qu’il faut ; c’est riche mais en même temps ils sont au moins 5 sur l’enregistrement. Il y a notamment Colin Potter, que j’ai trop négligé jusqu’ici dans mon analyse de la musique de Nurse With Wound. J’ai toujours pas abandonné mon projet de bouquin sur ce groupe d’ailleurs, vous savez. Ce sera une analyse musicale, qui n’aura pas peur de passer du coq à l’âne, qui s’attardera à l’occasion sur des détails biographiques, et qui fera date dans l’histoire de la critique musicale. Vous pouvez me croire. Rendez vous dans 20 ans, je crois pas avoir le temps ni le courage de le finir avant. La fidélité est toujours récompensée. 

La face b prend le relais, c’est le même flux qui s’écoule, toujours plus loin et toujours plus là, autour de nous, glissant comme un boa, visqueux comme un lombric, toujours plus loin, toujours plus là. La guitare devient plus claquante, les cordes sont pincées, frottées chatouillées, le calme règne, les sons s’espacent, toujours moins autour du fil conducteur mais c’est juste une étape, un reflux auquel succède une nouvelle montée, comme une marée de son, et tous les éléments de la première face reviennent nous dire coucou un par un, la guitare qui fuzze, les grenouilles qui sifflent, la terre qui tremble, le souffle de la mort, ce disque est hyper noir, noir comme peu de disque. Noir et sérieux et on y croit, parce que c’est pas tout de faire de la musique sombre, encore faut-il transporter l’auditeur, sinon c’est pas sombre, c’est juste de l’opérette, du carnaval. Parfois une gerbe de feedback vient détruire les oreilles, mais peut-être que j’ai mis trop fort. La guitare est très discrète mais superbement utilisée, surtout dans ces passages en son clair avec juste du trémolo. Non en fait il y a deux guitares j’ai l’impression. Je regrette que le son ne soit pas plus agréable, plus confortable. C’est pas Steven Stapleton qui disait qu’il enregistrait la musique qu’il avait envie d’écouter pendant ses trips? Ce gars doit avoir une certaine tournure d’esprit, pour passer des trucs aussi dérangeants quand il prend des champis. Mais après tout, peut-être que ça passerait bien. C’est juste qu’on pense plus à mettre des trucs positifs, agréables. Ce qui m’embête le plus ce sont ces sifflements stridents. J’essaierait, je vous raconterai. 

Encore huit minutes. La musique n’a pas vraiment progressé, enfin si, mais en rond. Ceci est un rond de 45 minutes. Un grand rond comme celui que j’ai sur le bras, c’est de la musique circulaire, comme les meilleures musiques de méditation ou je sais pas quoi. Tout se calme, il ne reste pas grand chose, ah ça fait du bien, on entend le bruit de fond du vinyle, le moteur de la platine, à peine, et juste un autre souffle glacial de feedback infini qui monte et polyvibre dans une seule direction. Ouch. Ça c’est cool parce qu’on est obligé de tendre l’oreille, c’est ce que j’appelle de la construction d’ambiance. Le cercle est devenu ligne et ça file tout droit, de gauche à droite, débit toujours plus fort, un filet d’eau, un ruiseau, une rivière, un fleuve de brouillard, tout blanc, un fleuve au fond duquel gisent des squelettes humains, des tonnes des squelettes, et dans lequel nagent des créatures moitié vivantes moitié fantômes, des choses terribles mais ça va, on ne les voit pas, juste leur queue de temps en temps, et on entend des cris, noyés dans cet épais brouillard, si dense qu’il étouffe les sons. Et au bout d’un moment ça s’arrête, dix secondes, neuf, six quatre, une, terminé, et franchement, ça calme comme une bonne claque sur ta joue et il n’y a rien à rajouter. C’est tout à plus. 

Jan 17

Experimental Audio Research - Vibrations EP (Rocket Girl, 2000)

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J’ai pas trouvé d’extrait à intégrer dans ce billet mais le disque est sur Deezer - peut-être pas la façon idéale de l’écouter. 

Pour changer on va commencer par des trucs techniques ou plus exactement on va commencer par un copier coller de Discogs :

  • Artwork By – Tundra
  • EngineerSonic Boom (2)
  • ProducerSonic Boom (2)
  • Synthesizer [Ems Synthi Aks, Custom Human Voice Synthesizer], Electronics [Serge Modular Music System], Vocoder, Sampler [Sp202 Sampler]Sonic Boom (2)
  • Written-ByKember*

Bon voilà. 

Le premier morceau s’appelle Kalimbell, et si vous aimez un peu la musique africaine vous devez connaitre la kalimba ou sanza, petit instrument qui se joue avec les pouces, formé de tiges de métal fixées au dessus d’une caisse de résonance. C’est l’instrument de base des griots. Enfin je crois. Et donc là c’est un mélange de kalimba et de cloche, c’est du moins ce que suggère le titre mais en réalité on entend surtout des cloches dans une grotte entourées de pleins de copains bizarres. L’étrangeté est poussée à son maximum et pourtant il y a quand même quelque chose à quoi se raccrocher, une vibration fondamentale, un bourdon très complexe qui vibre sur plusieurs niveaux. Le disque s’appelle vibrations, il ne faut pas l’oublier, et bon, de manière générale tout son est une vibration mais la plupart du temps on l’oublie parce que la longueur d’onde est trop riquiqui pour distinguer les vagues, et tout ce que l’on entend ce sont des sons plus ou moins familiers. Ici, comment dire, il y a plusieurs étages de vibration et ça donne quelque chose de simple et compliqué à la fois, carrément beau et dépaysant aussi ; une pyramide multicolore, où le son pris dans sa totalité est composé d’harmoniques qui formeraient des paquets, des petits groupes, avec des interaction entre les groupes et à l’intérieur des groupes. C’est assez impressionnant, surtout quand on connait Sonic Boom (aka Peter Kember) avant tout pour ce qu’il a fait avec les Spacemen 3. 

Le second morceau s’appelle Ring. C’est une perle, un petit classique de la musique expérimentale. Il s’agit d’une boucle de percussion africanisante accompagnée de plein de bruits de l’espace, des sonneries de réveil, et je sais pas quoi. Ça sonne comme un vieil épisode de la quatrième dimension qui mettrait en scène un mec coincé dans un monde où le temps s’est arrêté. Il y a un épisode de Fais Moi Peur qui parle d’un truc comme ça. C’est l’histoire d’un ado qui décide de ne pas régler sa montre au moment du passage à l’heure d’été. Résultat il se retrouve dans un monde parallèle, errant seul dans les rues d’une banlieue américaine typique. Bref. La musique psychédélique moderne, dans toute sa splendeur, et une recherche sonore qui n’a rien à envier aux pointures de ce domaine, je pense en particulier à Nurse With Wound. 

Le troisième morceau c’est Synchrondipity, encore un nom à la con composé de deux mots à la con, mais ça devient un peu trop subtil pour moi, tout ce que j’ai envie de dire c’est merde, c’est la synthèse des deux morceaux précédents, c’est à dire qu’on franchit une étape supplémentaire dans notre exploration de la quatrième dimension. Vous n’avez jamais entendu un truc comme ça, et en plus, c’est assez agréable à écouter. Il y a ce bourdon de vibration pyramidale, entouré de petites percussions qui s’étirent tout en restant ponctuelles, elles se répètent en se noyant progressivement dans l’infini. Le temps suspendu ou la totalité du temps condensé en un seul morceau de 8 minutes et 41 secondes ce qui revient un peu au même, et pourtant il y a des repères temporels, donc ce que je dit est pas très logique. Bref. Dans ma rue les gens arrêtent pas de klaxonner en ce moment, et voila un son, le Klaxon, qui est pas agréable du tout et qu’on entend sans arrêt. Je comprends pas comment on peut être assez con pour croire qu’on va faire accélérer les choses en prévenant tout le quartier qu’on s’impatiente. Merde. Le mec devant sait bien qu’il faut dégager le passage le plus vite possible et si il ne le fait pas c’est qu’il a une bonne raison enfin bonne je sais pas une raison en tout cas, il ne fait pas ça juste pour le plaisir d’emmerder les autres automobilistes, même si cette idée me plait assez. J’imagine que vous êtes parfois automobilistes, et moi aussi, et quand je suis dans ma voiture je peste sans arrêt contre les piétons, qui sont une race de sous hommes à exterminer, mais même dans les pires moments je reste conscient que non, un coup de klaxon ne résout rien. Je sais pas, ça doit être une histoire de self control.

Le morceau suivant s’appelle Wired Waves, ce qui ne veut rien dire. C’est pas celui que je préfère d’ailleurs. Il y a encore un sample et des vibrations étranges par dessus mais cette fois c’est moins agréable à écouter, pas dérangeant non plus, mais un peu vide, dans les basses fréquences du moins. Il y a des crissements, des trucs qui se brisent dans leur élan, des dysfonctionnements, bref un truc qui ne marche pas et cette sensation d’incomplétude et d’imperfection est un peu pesante, surtout après les trois cocons douillets pour les oreilles qui ont précédé. 

On finit avec Tripple, avec deux p, qui démarre lentement, avec beaucoup de réverbération en plus de l’habituel écho rapide et très long. Ouf il se passe à nouveau quelque chose dans le bas du spectre (enfin, bas du spectre, tout est relatif, c’est pas Sunn O))) non plus). On dirait qu’il y a des voix d’extraterrestres passées au tremolo par dessus. C’est le grand finale en quelque sorte, la synthèse hégélienne qui ne l’oublions pas est aussi toujours la thèse d’un système ultérieur, dans notre monde qui n’a ni début ni fin. Avec ce morceau on explore ainsi de nouvelles contrées, après le temps voici l’espace, et avec, de nouvelles façons de se perdre. Qu’on soit perdu à la dérive dans le cosmos ou coincé dans un fuseau horaire parallèle, on reste désespérément seul et je pense que ce disque intéressera surtout ceux qui n’ont pas peur de se retrouver face à eux mêmes. Bon, il est également possible de s’en servir de vulgaire fond sonore, mais ça serait comme faire une soupe de champagne avec du Moët & Chandon. NOT IN MY NAME. 

Bon c’est tout à plus. 

Jan 14

Baron Oufo - Fréquence Néant (Faunasabbatha, 2013)

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Salut, aujourd’hui on va parler d’un groupe de Bordeaux (ou presque) composé de deux hommes adultes sérieux et compétents. J’ai eu l’occasion de les voir plusieurs fois en concert, assurant les premières parties de trucs aussi divers que Tim Hecker, les Master Musicians Of Bukkake, The Men et un groupe de stoner bordelais. C’était très bien à chaque fois, et je veux pas gâcher le suspense, mais l’album est très bien aussi. 

Ça commence tout doucement avec ce tapis d’orgue qui nous rejoue Ghost Rider de Suicide mais deux fois plus lent au moins et sans les paroles. C’est massif, monolithique, et doux comme un char d’assaut en peluche. Hypnotique aussi. Ça bouge pas beaucoup ou alors l’évolution est trop lente pour être véritablement perçue, comme la course de cette grosse boule de feu le long de la voûte céleste, de l’aube au crépuscule, ascension, déclin, ascension, déclin, le tout étalé sur 24h. La première chanson de ce disque dure au moins 150 jours. À un peu moins de la moitié une nouvelle nappe fait son apparition, elle ondoie comme une aurore boréale. La basse se fait plus dentelée tout ça ne servait qu’à nous préparer à l’entrée d’une sorte de chanteur qui dit/crie des trucs incompréhensibles. C’est mystérieux, pas vraiment inquiétant, je vois pas du tout ça comme une musique de rituel occulte avec des hommes grenouilles qui invoquent des dieux tentaculaires en sacrifiant des poulets ou Lisa Bonet. Cette musique m’évoque plutôt un contact direct avec les dieux, une apparition sans intermédiaire ni cérémonial, une vision qui me frapperait, me plaquerait au sol et entrainerait mon esprit loin très loin dans le cosmos, au pays des animaux gros comme des planètes qui dérivent lentement dans l’espace en hébergeant sur leur dos de véritables écosystèmes. Ouai. Ce n’est pas de la musique sombre, tout est lumineux, rien n’est caché au regard, la divinité est là, et elle nous éblouit. Ce ne sera pas le cas sur le reste du disque. Et d’ailleurs, maintenant que j’y pense, ce premier morceau présente lui aussi sa part d’ombre, mais elle est beaucoup plus réduite.

Le morceau suivant est plus court, plus brumeux, plus mouvant. On est où? On se croirait en ce lieu qui est à la fois ici et ailleurs et où les âmes libérées de leur enveloppe charnelle se déplacent sans but. Il y a de la flûte, mais pas la flûte enchantée, la flûte maudite, la flûte du chaman au visage couvert de symboles occultes, au corps enduit de boue séchée, aux yeux révulsés, ouvrant, au prix d’un effort surhumain, un passage vers cet au delà qui en réalité est ici et maintenant. La flute est parfois accompagnée de bruits de synthétiseur cosmique, rayons laser, sons de fête foraine. Il y a encore des voix très lointaines, des voix que l’on a déjà entendu quelque part dans la jungle congolaise ou dans l’Himalaya, et puis cette guitare très grave et brûlante comme de la lave. Tout ça est très évocateur, j’aime bien. C’est de la musique peinture, à ne pas confondre avec la musique papier peint. Non, ici on a envie de s’approcher pour admirer les détails, parce qu’ils ne se livrent pas facilement. C’est de la musique très subtile et assez exigeante, dans le sens où tous ses secrets ne sont pas livrés sur un plateau, certains éléments sont mixés si bas qu’on les entend à peine, il faut tendre l’oreille, c’est limite subliminal, pas du tout “dans ta face”. Et pourtant, il y a aussi un côté dérisoire dans cette évocation de l’occulte, du vaudou, avec une flûte et des voix de gorge certifiées 100% pas authentiques, et puis le titre à rallonge qui rappelle vaguement un théologien du moyen âge ou un philosophe de la renaissance, un peu trop pompeux pour être totalement sérieux. Il y a un côté blague là dedans, mais blague bien faite, une blague qui se donne les moyens de ses ambitions, une blague subtile pas à la portée du premier venu. 

Le morceau suivant s’appelle Vangenux et à chaque fois que je le lis je pense “vagin”. Ce qui est un bien vilain mot alors que la musique est pourtant superbe. C’est un long accord majeur qui bourdonne pendant plusieurs minutes en s’enrichissant progressivement. Le son est légèrement délavé, impression donnée par ce compresseur qui confère un halo aux éléments les plus saillants, la guitare et la voix. C’est assez majestueux et tourné vers le ciel mais pas totalement pur à cause d’une saturation sur la guitare qui bave un peu par moment, et puis ce fameux voile de compression, quelques bruits électroniques qui grincent ; bref, c’est une belle prière mais on n’y est pas totalement quoi, on s’en rappelle, on se la remémore en regardant de vieux polaroïds ou un film en super 8. 

Il y a ensuite un morceau plus du tout en accord majeur. Encore une nappe de synthé qui s’étaaale et par dessus une sorte de piano égrenant des accords de manière régulière. Il y a du bruit aussi. Oui, un bruit de fond, on entend même parfois quelqu’un bouger quelque chose. Encore une fois, on croit deviner des trucs, on n’en est pas sûr, mais on sent bien qu’ils sont là, comme une présence, comme si il y avait un message subliminal caché quelque part, comme si des fantômes avaient contaminé l’enregistrement. Ça s’appelle “double profond”. Encore une fois je peux pas m’empêcher d’imaginer un truc sexuel. C’est peut-être moi qui pense avec ma bite. Ou alors c’est bien une blague, hé, faut pas oublier que ces mecs on aussi fait ça. A mi chemin, la musique s’éteint comme un feu de camp au bord de la plage, et puis on n’entend plus que des vagues lofisées, on est au bord de la mer quelque part, certainement pas en Europe d’ailleurs. Du ressac émane finalement un nouveau voile de synthé bourdonnant, bien plus léger, comme si au petit matin une apparition fantomatique se détachait lentement de la blancheur de l’aube. En tout cas une chose est sûre, la mer est à l’Est. Le morceau se termine par une autre nappe de synthé munie d’un filtre qui bouge en rythme, on se demande ce que vient faire là ce truc de boite de nuit mais après tout, il y a sûrement une signification. 

L’avant dernier morceau s’appelle Ubercratie. Pas de double sens sexuel ici ou alors j’ai pas tout capté. Cette fois on parle de théorie politique man, genre une société nazie dirigée par des surhommes bodybuildés. Je trouve la musique un peu plus froide, métallique, que les morceau précédents. Il y a cette espèce de basse qui voudrait filer droit mais qui titube un peu, et une nappe de guitare -on dirait- émergeant très lentement et qui a un petit côté industriel, et noyée dans une brume de chaleur. Chez Baron Oufo, les choses ne sont jamais accessibles directement, la réalité se cache toujours sous la brume, sous le voile. En tout cas, ce morceau est assez hypnotique, tout est dans ce ronron de guitare qui s’étale devant nous, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ne laissant aux autres instruments qu’un rôle subalterne voire subliminal. J’aurais aimé là aussi un son un peu plus clair et net, mais bon, j’imagine que c’est comme vouloir accéder à la Vérité, on voudrait bien mais on peut point. Tant pis. Oui ce matin je me pose beaucoup de questions d’habitude je suis beaucoup moins chiant. 

Ah et donc voilà la Langue de feu (c’est le nom du morceau). Cette fois, vous allez pas me dire que c’est pas un truc de cul, d’ailleurs je suis sûr qu’il y a au moins un film porno qui s’appelle comme ça, et si c’est pas le cas je veux bien le réaliser, avec Laura Gemser, Marilyn Jess et Lisa Del Sierra si son agenda le lui permet. Bon oui les deux premières sont pas vraiment en état de faire un film mais ce serait mon casting rêvé quoi. Et des acteurs black ; ça se passerait en Afrique, il y aurait aussi de la magie noire et plein de drogues hallucinogènes, et la musique de Baron Oufo. Pour en revenir à ce morceau, disons qu’il reprend un peu les schémas développés jusqu’ici, c’est à dire des drones synthétiques, de la guitare brumeuse et délavée, mais cette fois c’est un peu plus musclé, il y a ces arpèges de synthé qui s’excite, on se croirait chez Jean Michel Jarre ou chez des allemands, et puis un énorme buzz saturé, comme un frigo ou un transformateur électrique, le genre de son hyper envahissant qui assomme l’auditeur et le laisse dans un état second, aux frontières de la transe. Une fois encore le son est drôlement compressé, ce qui donne un côté lofi qui va bien avec l’esprit général de cet album. Oui c’est sombre, c’est moite, c’est un peu sexuel, c’est un peu Emmanuelle chez les cannibales adorateurs des Grands Anciens. La Langue de Feu s’étale paresseusement, et après un pic à mi course, accords de guitare bien velus inclus, tout finit par redescendre après avoir jailli violemment, comme une neige de cendres, c’est blanc, et c’est chaud.

Bon bref. Ce disque est super chouette, et en plus il est bien pour faire la sieste, j’ai testé. C’est tout à plus.